L'installation conceptuelle de réalité virtuelle CARNE y ARENA (Virtuellement présent, physiquement invisible) d'Alejandro G. Iñárritu explore la condition humaine des migrants et des réfugiés.


Basée sur des histoires vécues, elle estompe la frontière superficielle entre le sujet et le spectateur pour mieux les rapprocher, permettant aux participants de déambuler dans un vaste espace et d'y vivre intimement un fragment du parcours personnel des réfugiés. Une installation immersive qui réunit Iñárritu et Emmanuel Lubezki, deux fréquents collaborateurs, aux producteurs Mary Parent et ILMxLAB, CARNE y ARENA est un voyage en solo de vingt minutes autour d’une séquence en réalité virtuelle, vécu par trois visiteurs simultanés dans des pièces séparées. L'installation utilise une technologie immersive de pointe pour créer un espace multinarratif lumineux habité de personnages humains. CARNE y ARENA a été présenté en première mondiale au 70e Festival de Cannes, devenant ainsi le premier projet de réalité virtuelle à être retenu dans l'histoire du festival.

«Tout au long de la réalisation de ce projet, j'ai eu le privilège de rencontrer et d’interviewer de nombreux immigrants et réfugiés en provenance du Mexique et d’Amérique centrale», explique Iñárritu. «Ce qu’ils m’ont raconté de leur vie me hante à ce jour et j’ai donc proposé à certains d’entre eux de participer au projet. Mon intention était d'expérimenter la technologie VR pour explorer la condition humaine dans une tentative de briser la dictature du cadre - au sein duquel les choses sont simplement observées - et de revendiquer l'espace pour permettre au visiteur de vivre une expérience directe en marchant sur les pas des immigrants, sous leur peau et dans leur cœur.”

Récipiendaire d'un Oscar® à cinq reprises, Alejandro G. Iñárritu a reçu en 2017 un Oscar® spécial pour CARNE y ARENA, reconnu par l'Académie comme une expérience de narration exceptionnelle.


Démarche artistique

Tout au long de la réalisation de ce projet, j'ai eu le privilège de rencontrer et d’interviewer de nombreux immigrants et réfugiés en provenance du Mexique et d’Amérique centrale. J’ai proposé à certains de participer au projet, afin que leur récit ne soit pas réduit à une donnée statistique parmi tant d’autres. Au contraire, je souhaitais que leur périple personnel soit vu, ressenti et entendu par d’autres. Ce qu’ils m’ont raconté de leur vie me hante à ce jour. Malgré un passé et un présent criblés d’épreuves, c’est rempli d’espoir qu’ils persévèrent vers un futur qui reste pourtant incertain.

En structurant les événements vécus par l’un ou plusieurs de ces migrants lors de leur traversée de la frontière, et en incorporant des détails précis qu’ils m’ont confiés, j’ai écrit et composé une scène dans un espace où de multiples récits se déploient en simultané ; une sorte d’ethnographie semi-romancée.

Il n’y a pas d’acteurs ici. Il s'agit d'histoires vraies interprétées par les personnes qui les ont vécues et qui ont même enfilé certains de leurs vêtements portés au moment de franchir la frontière.

Au cours des dix années durant lesquelles ce projet a mûri dans mon esprit, mon intention première a toujours été d’utiliser la réalité virtuelle pour explorer et représenter la condition humaine de manière personnelle.

En tant qu’artiste, j’ai pris des risques. Je me suis aventuré dans des zones jusqu’alors inexplorées, et j’en ai d’ailleurs tiré de nombreux apprentissages. Bien qu’ils soient tous deux de sons et d’images, la réalité virtuelle est tout ce que le cinéma n’est pas, et vice versa ; le cadrage de l’image disparaît, comme les autres limites inhérentes à la 2D. L’immersion dans cette expérience irréelle si réaliste met à l’épreuve les circuits de notre cerveau et teste la plupart de nos sens.

L’expérience CARNE Y ARENA sera unique pour chaque visiteur. Avec ce projet, nous avons créé un espace alternatif empreint de vérité. En tant que visiteur, vous déambulerez dans ce territoire aux possibilités et points de vue qui tendent vers l’infini. Vous marcherez aux côtés des migrants — parcourant même leur esprit —, et évoluerez dans l’espace comme bon vous semble.

En collaboration avec Emmanuel Lubezski et ILMxLAB, nous avons repoussé les limites de la technologie, afin de reproduire et de documenter de manière digitale les récits non écrits de ces immigrants, les accompagnant au passage dans la création d’avatars qui les représentent fidèlement.

Ce fut une expérience cathartique et pleine d’émotions. Après tant d’années, les souvenirs de ces migrants ont enfin un visage, une réalité.

Alejandro G. Iñárritu